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Tout le monde sait écrire, non ? Et pourtant...

  • 9 mars
  • 2 min de lecture

Lorsqu’on me demande à quoi je suis occupée, il m’arrive de répondre : « J’écris ». Invariablement, la question suivante porte sur le contenu : tu écris un roman ? Une nouvelle ? Peut-être un article ? Non, j’écris, c’est tout. Cela laisse mon interlocuteur perplexe, parce qu’enfin, on écrit toujours « quelque chose ». Sans compter que tout le monde sait écrire, non ? Et pourtant…


Selon Wikipédia, l’analphabétisme a pratiquement disparu dans les pays occidentaux ou occidentalisés grâce à la scolarisation obligatoire. Une large partie du programme d’enseignement dans les classes du primaire est consacrée à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, puis au perfectionnement de ces aptitudes. Au collège, on accorde encore du temps à la grammaire – conjugaison, lexique, syntaxe – avant d’aborder les questions liées à l’argumentation et à la construction du texte. Arrivés au lycée, les élèves sont censés s’exprimer à l’écrit de manière satisfaisante, dans le respect des règles de la langue et de l’entendement. Et c’est tout.


Dans la vie courante, ces compétences peuvent s’avérer largement suffisantes. Un niveau correct de littératie permet de déchiffrer sans coup férir le mode d’emploi d’un appareil ménager, la notice d’utilisation d’un médicament, ou le tutoriel d’un logiciel. Il n’est pas non plus nécessaire d’avoir suivi un cursus académique pour écrire un mot à la maîtresse d’école ou envoyer un mail à son précepteur.


En revanche, pour rédiger une lettre de motivation, formuler un post ou mettre par écrit les mémoires d’une vie, mieux vaut s’entraîner auparavant, faire un brouillon ou demander à un tiers de nous relire. Non seulement parce que, souvent, se concentrer sur le fond fait oublier la forme, mais aussi pour la raison que si l’on se contente « d’écrire comme on parle », on court le risque de ne pas obtenir l’effet désiré : intéresser, émouvoir, ou convaincre.


La solution la plus évidente est de beaucoup écrire, comme le suggère le fameux dicton du forgeron. Une autre, celle que je pratique encore aujourd’hui, est de s’entraîner de manière systématique. De se livrer à des exercices comme un athlète aux agrès. De considérer les mots comme des balles avec lesquelles on apprend à jongler. Comme un nouveau matériau dont on découvre les propriétés en le malaxant, en le triturant. 


Certains exercices sont très simples : raccourcir ou rallonger un paragraphe, passer de la voix active à la voix passive et vice-versa, transformer une phrase complexe en plusieurs phrases simple et inversement, dresser des listes de synonymes, et ainsi de suite.


Les exercices d’échauffement que je préfère sont inspirés d’OuLiPo, l’Ouvroir de Littérature Potentielle (https://www.oulipo.net/), et reposent sur le principe de la contrainte. La contrainte est arbitraire, gratuite et ludique. Je suggère de commencer par des jeux en apparence faciles, qui proposent différentes variantes sur les lettres interdites ou obligatoires (Lipogrammes, Contrainte du prisonnier, Ulcérations, Anaérobie, par exemple), puis de passer à des exercices portant sur le texte (À supposer…, Textes à démarreur, Beau présent, Transduction, Tireur à la ligne, etc.). Lorsqu’on a épuisé les variantes, et si l’on a un penchant lyrique, on peut alors s’attaquer aux poèmes à formule (Haïku, Quenine et autres curiosités).


Allez, au travail !  


Illustration : enluminure, Christine de Pizan.



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