Je me rappelle avoir lu un texte dans lequel Marguerite Duras évoquait ces livres qui donnaient envie d’écrire. J’ai reconnu ce désir en moi beaucoup plus tard, parce que longtemps, je n’ai eu envie que de lire, toujours plus, sans cesse, n’importe où. Je lisais en mangeant, en marchant sur le chemin de l’école, sous le drap à la lumière d’une lampe de poche, en cachette pendant les cours au lycée, un livre ouvert sur les genoux. Une boulimie de lecture qui me laissait affamée, quel que soit le nombre de pages dévorées.
Je lisais sans discernement, les navets et les chefs-d’œuvre, les romans de gare et les classiques, la poésie et la prose, les polars, la science-fiction, le fantastique… tout était bon à prendre. Puis mes préférences se sont affinées avec le temps et l’expérience. J’en ai gardé le sentiment qu’il n’y a ni mauvais genre ni mauvais lecteur, seulement des œuvres qui trouvent leur public.
Toujours est-il que lorsque j’ai abordé la littérature critique et théorique au cours de mes études, j’avais à ma disposition une immense bibliothèque mentale sur laquelle je « testais » les implications des théories. Je me suis passionnée pour la sémantique et la sociolinguistique, j’ai adoré le structuralisme et la sémiotique, je me suis enflammée pour la déconstruction et le poststructuralisme, pour les approches féministes, marxistes, postcoloniales… tout était bon à apprendre.
Quand les théories ont fini par décanter, il m’en est resté une pratique ordonnée de la lecture critique. Je sais analyser un texte en profondeur, quand bien même je serais totalement ignorante du sujet traité. Je mets à nu sa construction, son argumentation, ses manipulations. Je repère également ses maladresses, s’il en a, ses faiblesses ou ses impasses. Ensuite, il suffit d’un petit coup de pouce, tous les éléments rentrent à la bonne place. Il ne reste plus que le plaisir du texte.