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Un projet

  • 28 févr.
  • 2 min de lecture

J’ai un jour été contactée par une association caritative au sujet d’un article à paraître. Cette association avait demandé à un magazine de bien vouloir publier gratuitement un encart publicitaire pour lancer une collecte de fonds destinée à financer un nouveau projet. En retour, le rédacteur en chef leur avait accordé deux pleines pages avec photos. C’était très généreux. Il ne restait plus qu’à le rédiger.

 

L’association était gérée par des bénévoles rôdés au travail social et communautaire. Ils ont uni leurs efforts pour composer un texte exposant les objectifs de l’association et la portée de son action. Lorsque je l’ai reçu pour relecture, l’article était bien écrit et peu de corrections s’imposaient. Cependant, il manquait d’attrait. Si les lecteurs s’ennuyaient dès la deuxième ligne, bien peu parviendraient à l’encadré avec les coordonnées bancaires de l’association…

 

J’ai donc proposé à mon contact de me donner carte blanche, quitte à revenir au premier texte proposé si le mien ne leur plaisait pas. Il m’a fourni quelques chiffres, d’anciens numéros du magazine pour que je me fasse une idée de la ligne éditoriale, et j’ai fait de mon côté des recherches sur le Web.

 

J’ai bâti l’argumentation en trois étapes. En introduction, j’ai posé un paradoxe : un pays économiquement prospère dans lequel les inégalités sociales sont plus fortes d’année en année. Ceci entraînait un constat : les associations sont nécessaires pour pallier les carences d’un État qui investit insuffisamment dans la protection sociale. Puis j’ai détaillé la position particulière de l’association dans le paysage associatif, en fonction de sa taille, de ses moyens et de ses objectifs. Enfin, j’ai expliqué pourquoi leur nouveau projet justifiait un financement exceptionnel.

 

Mon idée de départ était qu’on ne pouvait pas se contenter d’écrire : voilà qui nous sommes, donnez-nous des sous. Il fallait tout d’abord intéresser le lecteur en lui « donnant » quelque chose d’appréciable – de l’information nouvelle, un panorama général, des chiffres, une argumentation construite, afin de l’inciter à lire le texte jusqu’au bout. Le but était que le lecteur parvienne de lui-même à la conclusion que le projet à venir était une nécessité, afin qu’il ait le désir de participer à sa réalisation.

 

Il n’y a pas de recette pour rédiger un article. Mais quelque soit le domaine, la première démarche consiste à s’imaginer à la place de l’auteur, à intérioriser ses objectifs et à tenter de cerner le public auquel il s’adresse, ce qu’on appelle dans le jargon « l’horizon d’attente » du lecteur potentiel. Le reste n’est qu’une affaire de métier.  


Illustration : La modiste, Auguste Renoir, 1877 (The Met Collection).

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