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Traduction écrite
Hébreu-Français

Arts, Lettres, Sciences humaines, Sciences sociales

Sylvie Meyer +972-54-2373247 sylviemeyer@outlook.com

L’art de l’écart

Traduire n’est pas trahir, quoi qu’en dise le proverbe. Traduire, c’est dialoguer, échanger, communiquer. C’est aussi interpréter, transposer, adapter. Mais surtout, avant toute chose : lire, comprendre, s’imprégner, plonger dans un texte comme dans un océan de mots, et en émerger en parlant le langage des poissons. Lorsque j’ai fait mes premiers pas dans le métier, j’ai réalisé de nombreuses traductions « utilitaires » : menus de restaurant, sites Internet, diplômes, contrats, dossiers médicaux, documents bancaires, dépliants touristiques, catalogues d’exposition… et j’en oublie. Chaque nouvelle commande me faisait pénétrer dans un nouveau monde, pour quelques heures. Jusqu’à ce que la répétitivité ait raison de mon enthousiasme. Ces traductions avaient en commun d’être liées aux déplacements de personnes ou de produits d’un pays à l’autre. Elles étaient également nimbées d’éphémère. Les touristes finissaient par jeter les dépliants à la poubelle ; les contrats, une fois signés, aboutissaient au fond d’un tiroir ou d’un coffre-fort ; le site Internet créé pour la promotion d’un nouveau complexe résidentiel devenait caduc après la vente des derniers appartements. Désormais, je préfère me limiter à la traduction de textes destinés à être lus avec attention, relus, consultés, feuilletés, appréciés. J’aime traduire des lettres. Les correspondances, d’aujourd’hui ou d’hier, laissent parler la voix de la personne qui les a rédigées, et elles dessinent en filigrane la silhouette de l’interlocuteur. Il y a toujours de l’humain dans une lettre. Mais j’aime tout autant les textes longs qui m’invitent à évoluer entre les pages pendant des semaines, des mois. Je me laisse rouler par les phrases, j’immerge en apnée, pour ne reprendre mon souffle qu’une fois apposé le point final, avec le sentiment de satisfaction que procure le travail bien fait. Traduire, c’est participer à la transmission des savoirs, au voyage des idées, au transfert des mémoires. Traduire, c’est aussi combler l’écart entre les cultures, les rapprocher et les faire connaître sans masquer leur étrangéité profonde. Traduire, c’est faire le grand écart, un pied dans chaque pays, un pied dans chaque langue, et rêver qu’on servira de pont aux lecteurs.

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